👤 Les visages du rallye – Jacques Melis
« Moi, je suis arrivé à l’Écurie Le Mans en 1965.
À l’époque, le président, c’était Jean Braud. Le secrétaire, Bernard Labure, l’opticien. Une petite équipe, mais déjà une vraie volonté de construire quelque chose. Le premier rallye, on l’a lancé en 1966. Mais il faut bien comprendre qu’à ce moment-là , rien n’était structuré comme aujourd’hui. On avançait au fur et à mesure.
Au début, j’étais concurrent. J’aimais rouler. J’avais une Cooper, puis d’autres voitures derrière. On bricolait, on préparait, on faisait comme on pouvait.
Et puis, très vite, j’ai dû arrêter de courir. Pas par choix. Parce que l’ACO avait décidé que les membres d’une écurie qui organisait ne pouvaient plus être concurrents. Il manquait trop de monde pour organiser correctement. Il fallait choisir. Alors j’ai choisi de rester.
Je suis passé de l’autre côté. Licence de commissaire sportif international, organisation, direction de course… Puis vice-président. Mais au fond, ce ne sont que des fonctions. Ce qui compte, c’est ce qu’on a construit.
Moi, j’étais garagiste à Conlie. Et à cette époque, normalement, je n’aurais même pas dû être membre de l’écurie. C’était interdit pour ceux qui travaillaient déjà dans le milieu automobile. Mais il y a toujours eu une exception pour moi.
Très vite, je suis devenu un point de repère. Mon numéro de téléphone était partout. Les gens appelaient pour tout.
Et vraiment pour tout.
“Est-ce que je peux passer ?”
“Est-ce que la route est fermée ?”
“Je dois aller chercher du pain…”
Le téléphone n’arrêtait jamais de sonner. À un point où j’ai été obligé d’installer une deuxième ligne au garage…parce que ma femme ne pouvait même plus joindre les clients.
👉 Tout passait par là .
Et c’est là que j’ai compris quelque chose que je n’ai jamais oublié :
👉 un rallye ne tient que s’il y a un pilier sur place.
Je me souviens d’une fois, à Roué.
Une barrière arrachée… Mais pas n’importe où.
👉 Sur un site sensible, une ancienne exploitation liée à Total.
Et là , ça n’a pas rigolé.
On a reçu une lettre très claire :
👉 tout devait être remis en état et aux normes…
Pas de bricolage.
Pas d’à -peu-près.
Je me suis dit : “Là , on est vraiment dans la galère…” Mais comme toujours, on ne s’est pas défilés. On a passé le week-end avec les copains à tout refaire correctement. Parce qu’on savait qu’on n’avait pas le droit à l’erreur. Et on l’a fait !
C’était ça, le rallye. Pas seulement des voitures et des routes.
👉 Des responsabilités
👉 Des imprévus
👉 Et surtout, des hommes pour y faire face
À l’époque, le rallye n’avait rien à voir avec aujourd’hui.
Les routes étaient pleines de monde.
Les villages vivaient au rythme des voitures.
On connaissait les habitants.
On allait les voir, on expliquait.
Aujourd’hui, tout est plus encadrĂ©. Plus sĂ©curisĂ©. Plus structurĂ©. Les voitures sont plus puissantes. L’organisation est plus lourde. Mais une chose n’a jamais changĂ©.
👉 Ce sont les hommes qui font le rallye.
Moi, j’ai toujours été respecté. Et aujourd’hui encore, quand je reviens, les anciens viennent me saluer. Et je me dis que tout ça…ça valait le coup !
Aujourd’hui, je ne vois plus. Mais tous les ans, je demande qu’on me mette au départ. Avec une chaise. Juste pour écouter les voitures passer.
👉 Et ça… c’est mon plaisir. »




















